Le chapitre
Simplement Le livre s'ouvre en s'expliquant lui-même : l'auteur dit que d'autres ont composé des récits, qu'il a fait des recherches exactes depuis l'origine, et qu'il écrit pour qu'un lecteur nommé reconnaisse la certitude de ce qu'on lui a enseigné. Puis le même ange annonce deux naissances, à six mois d'intervalle. Un vieux prêtre s'entend dire qu'il aura un fils, n'y croit pas, et devient muet. Une jeune femme s'entend dire qu'elle aura un fils, demande comment, et reçoit une réponse. Les deux femmes chantent.
Contexte Aucun autre Évangile ne commence ainsi. Matthieu ouvre sur une généalogie, Marc sur un titre, Jean sur un hymne ; Luc ouvre sur une préface qui énonce une méthode, nomme une source d'information et nomme celui à qui il écrit. Le même lecteur est encore interpellé au début des Actes, qui appellent ce livre-ci le premier. Le chapitre qui suit la préface est bâti en paire, et c'est l'appariement qui fait l'argument : deux annonces, deux mères, deux cantiques, le même ange dans les deux. Ce qui diffère, c'est ce qui arrive aux deux personnes qui interrogent le message.
Versets 5-25
Simplement Zacharie, prêtre, est désigné par le sort pour brûler le parfum dans le temple pendant que le peuple prie dehors. Un ange lui annonce que sa femme Élisabeth, âgée et sans enfant, aura un fils appelé Jean. Il demande à quoi il reconnaîtra cela, puisque lui et sa femme sont vieux. L'ange se nomme Gabriel et lui annonce qu'il sera muet jusqu'à l'accomplissement. Il ressort en faisant des signes à la foule, et ne peut rien expliquer.
Contexte Le cadre est précis d'une façon que cet Évangile tiendra : un roi nommé, une classe sacerdotale nommée, une femme nommée et descendante d'Aaron. Le verset 22 est le détail qui travaille, car la foule doit deviner ce qui s'est passé à partir d'un homme qui fait des signes, et le lecteur sait ce qu'elle ignore. Le silence dure jusqu'au verset 64, ce qui en fait la chose la plus longue qui arrive à quelqu'un dans ce chapitre.
Versets 26-56
Simplement Six mois plus tard, le même ange est envoyé à Nazareth, à une jeune femme fiancée à un homme de la maison de David. Il lui annonce qu'elle aura un fils et ce qu'il sera. Elle demande comment, puisqu'elle ne connaît point d'homme, et on le lui dit. Elle répond qu'il lui soit fait selon cette parole. Elle va voir Élisabeth, dont l'enfant tressaille à sa salutation, et Élisabeth l'appelle heureuse d'avoir cru. Marie répond par un cantique où Dieu renverse les puissants de leurs trônes et rassasie les affamés.
Contexte LES DEUX QUESTIONS SONT PRESQUE LES MÊMES ET NE SONT PAS TRAITÉES DE MÊME, ET LE TEXTE NE DIT PAS POURQUOI. Zacharie demande au verset 18 à quoi il reconnaîtra cela, et il est rendu muet pour n'avoir pas cru. Marie demande au verset 34 comment cela se fera, et reçoit une explication et un signe. Un lecteur qui remarque l'écart lit juste ; le fichier l'énonce et ne le tranche pas. La parole d'Élisabeth au verset 45 mérite d'être mise à côté du verset 20 : elle dit Marie heureuse PARCE QU'ELLE A CRU, dans un chapitre dont l'autre question venait de quelqu'un qui n'avait pas cru. Le cantique des versets 46 à 55 est la parole la plus politique des quatre Évangiles, et elle se retrace : Anne chante les mêmes renversements en 1 Samuel 2, les pauvres élevés, les rassasiés affamés, les puissants abaissés.
Versets 57-80
Simplement Élisabeth met son fils au monde. À la circoncision, les voisins supposent qu'on lui donnera le nom de son père, et elle dit non, il s'appellera Jean. On s'adresse au père, toujours muet ; il demande des tablettes et écrit le même nom. Sa bouche s'ouvre à l'instant et il bénit Dieu. Les voisins sont saisis de crainte et l'histoire se répand. Zacharie prophétise sur l'enfant, et le chapitre s'achève sur Jean grandissant au désert.
Contexte La scène du nom est le moment où l'on voit les deux parents s'accorder sans avoir pu en parler : elle dit le nom, on s'adresse à lui, il écrit le même. La parole du verset 64 est la première depuis le verset 20, et ce n'est pas une explication mais une bénédiction. Le verset 80 referme le chapitre en sortant Jean du récit pour trente ans en une seule phrase, compression dont ce livre est capable dès qu'il cesse d'être précis.