Le chapitre
Simplement Jésus nourrit une foule de cinq mille personnes avec cinq pains d'orge et deux poissons. La nuit venue, les disciples traversent le lac sans lui et le voient marcher sur la mer. Le lendemain la foule le retrouve, et il passe tout le reste du chapitre à expliquer ce que le pain voulait dire. L'explication est plus dure à recevoir que le miracle : à la fin, beaucoup de ceux qui le suivaient sont repartis, et il demande aux douze s'ils comptent partir aussi.
Contexte C'est le plus long chapitre du livre, soixante et onze versets contre cinquante-neuf pour le suivant, et il tient sur un seul mot. Le pain est dans la multiplication, dans la manne que la foule réclame comme signe, dans la phrase je suis le pain de vie, et dans l'affirmation sur la chair qui vide la salle. Le basculement est au verset 26, où Jésus dit à la foule pourquoi elle est venue : non parce qu'elle a vu des miracles, mais parce qu'elle a mangé des pains et qu'elle a été rassasiée.
Versets 1-15
Simplement Un jeune garçon a cinq pains d'orge et deux poissons. Jésus fait asseoir les gens sur l'herbe, rend grâces, et la nourriture est distribuée jusqu'à ce que chacun ait eu assez. On ramasse ensuite douze paniers de morceaux, afin que rien ne se perde. Puis la foule décide de l'enlever pour le faire roi, et il remonte seul sur la montagne.
Contexte Les quatre Évangiles racontent cet épisode et s'accordent sur les nombres : cinq pains, deux poissons, douze paniers, environ cinq mille hommes. Deux détails n'appartiennent qu'à Jean. Il précise que les pains étaient d'orge et qu'ils venaient d'un jeune garçon. L'orge est la céréale la moins chère au compte de ce corpus lui-même : en 2 Rois 7:1, une mesure de fleur de farine et deux mesures d'orge valent le même sicle. Il rapporte aussi ce que la foule a voulu faire ensuite, l'enlever de force pour le faire roi. Matthieu, Marc et Luc mettent bien un roi dans cette partie de leur récit, mais ce roi est Hérode. Le lecteur apprend en outre une chose que la foule ignore : le verset 6 dit que Jésus a posé la question à Philippe pour l'éprouver, et qu'il savait déjà ce qu'il allait faire. Une chose à surveiller au verset 11 : huit des treize éditions proposées ici font donner les pains par Jésus aux disciples, et par les disciples à la foule ; cinq, dont la Segond 1910 que vous lisez, les lui font distribuer lui-même à ceux qui étaient assis, sans personne entre les deux.
Versets 16-21
Simplement Le soir venu, les disciples descendent au bord de la mer et partent pour Capernaüm sans lui. La nuit tombe, le vent se lève, et après avoir ramé un moment ils le voient marcher sur la mer et s'approcher de la barque. Ils ont peur. Il leur dit que c'est lui et de ne pas avoir peur, et dès qu'ils veulent le prendre à bord la barque aborde là où ils allaient.
Contexte Matthieu et Marc racontent aussi cette traversée, chacun juste après sa propre multiplication des pains ; Luc ne la raconte pas du tout. Le récit de Jean est le plus court des trois et il laisse Pierre de côté, alors que chez Matthieu celui-ci demande à venir sur l'eau et commence à enfoncer. Ce que Jean ajoute à la place, c'est la dernière phrase : aussitôt la barque aborda au lieu où ils allaient. Il donne aussi une distance plutôt qu'un chiffre rond, vingt-cinq ou trente stades.
Versets 22-59
Simplement La foule le retrouve à Capernaüm et réclame un signe, comme la manne donnée à leurs pères dans le désert. Il répond que ce n'est pas Moïse qui a donné le pain du ciel, et que son Père donne maintenant le vrai pain. Puis il dit que ce pain, c'est lui. Celui qui vient à lui n'aura jamais faim. La dispute se durcit jusqu'à ce qu'il dise que le pain qu'il donnera, c'est sa chair, pour la vie du monde, et que ceux qui ne la mangent pas n'ont point la vie en eux.
Contexte La foule lui cite l'Écriture, il répond par l'Écriture, et chaque fois la citation parle de pain : eux invoquent la manne, lui une ligne sur ceux qui seront tous enseignés de Dieu. Deux objections sont consignées et aucune n'est réfutée sur son propre terrain. Au verset 42 l'objection est qu'on connaît son père et sa mère, donc que la prétention d'être descendu du ciel ne tient pas ; au verset 52 elle est simplement comment, comment peut-il nous donner sa chair à manger. Jésus n'adoucit ni l'une ni l'autre. Le dernier verset de la section situe tout ce discours dans la synagogue de Capernaüm, ce qu'il faut retenir : c'est un enseignement public dans un bâtiment, pas une parole privée aux douze.
Tradition Savoir si ce chapitre parle de la Cène est l'une des questions sur lesquelles les Églises d'Occident se sont divisées, et les quatre documents que porte cette application peuvent être lus dessus. Deux d'entre eux citent ce chapitre nommément. Le catéchisme de Philarète, en enseignant ce que reçoit le communiant, cite le verset 56 puis le verset 54 avec leurs références, et cite ailleurs le verset 55, ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breuvage, comme pain de l'âme. Le concile de Trente, au deuxième chapitre de sa treizième session, donne la raison du sacrement et emploie sans la nommer une phrase de ce chapitre, celui qui me mange vivra par moi, qui est le verset 57 dans une ancienne version anglaise. Les documents réformés parlent de la même manducation en d'autres termes. Westminster tient que ceux qui reçoivent dignement se nourrissent réellement et véritablement du Christ crucifié, non pas cependant charnellement ni corporellement, mais spirituellement. Les Trente-Neuf Articles le disent en une ligne : le corps du Christ est donné, pris et mangé seulement d'une manière céleste et spirituelle, et le moyen par lequel il est reçu, c'est la foi. Un lecteur remarquera que le verset 63 de ce chapitre, c'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien, se trouve à l'intérieur du même discours que le verset 53. Les quatre documents doivent tenir les deux versets ensemble, et ils le font différemment. Chaque paragraphe nommé ici peut être ouvert en entier, dans ses propres mots, y compris les phrases que ces documents s'adressent les uns aux autres, que cette application rapporte et ne reprend pas à son compte.
Versets 60-71
Simplement Beaucoup de ceux qui le suivaient disent que cette parole est dure et que personne ne peut l'écouter, et à partir de ce moment ils cessent de marcher avec lui. Jésus se tourne vers les douze et leur demande s'ils veulent partir aussi. Pierre répond par une question plutôt que par un oui : à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle. Le chapitre se ferme en nommant celui des douze qui le livrera.
Contexte La confession de Pierre au verset 69 ne dit pas la même chose selon l'édition, et il vaut la peine de savoir laquelle vous tenez. Huit des treize éditions proposées lui font dire le Christ, le Fils du Dieu vivant. Trois n'ont que le Saint de Dieu : la Riveduta 1927, la Petrus Canisiusvertaling et la Bible vietnamienne de 1934. Deux portent les deux moitiés à la fois, le Christ, le Saint de Dieu, et la Segond 1910 que vous lisez est de celles-là. C'est la différence qu'un lecteur francophone rencontre ici sans même sortir de sa langue : la Segond lit le Christ, le Saint de Dieu, et la Sainte Bible libre pour le monde lit le Christ, le Fils du Dieu vivant. Une chose mérite d'être remarquée sur les deux divergences de ce chapitre. Les huit éditions qui donnent ici la confession longue sont exactement les huit qui font passer le pain par les disciples au verset 11, et les cinq autres sont exactement les cinq. Les éditions ne divergent pas au hasard : elles suivent des textes de base différents. Ce fichier peut rapporter que le partage se reproduit deux fois sans dire lequel de ces textes est le plus ancien, car c'est une question de manuscrits que ce corpus ne peut pas trancher. C'est la posture déjà tenue en Jean 5:4.